© photo : AFL - Marché d'Accra

Ahmadou Garba,

25 ans de convoyage de troupeaux

- Portrait - 

Depuis 25 ans, Ahmadou Garba convoie des bœufs au marché à bétail d’Accra. Au moins trois fois par an, il vient approvisionner ce marché avec du bétail en provenance du nord Togo car les prix y sont bons.

Faisons une incursion dans ce marché pour découvrir le personnage.

© AFL - Marché d'Accra

Meuh ! Meuh ! Meuh ! C’est dans un concert de meuglement et une joie certaine que les bœufs du marché à bétail d’Accra, au sud-est de la ville, nous souhaitent la bienvenue. Comme s’ils savaient que c’était notre première visite dans cet enclos de 5.000 m². Le sol noir humide, recouvert de boue, de débris d’herbes et de bouses d’animaux est une convoitise des agriculteurs et agronomes. L’animation des hommes, l’odeur des bêtes, les bouses mélangées aux fourrages gratifient l’espace d’un parfum spécial qui ne se retrouve nulle part ailleurs.  

Ces animaux « heureux » de voir rayonner le flash de nos appareils photos et caméra changent de position pour faciliter et diversifier les prises de vue sous le regard vigilant de leurs propriétaires. Ahmadou Garba assis sur un tronc d’arbre en plein cœur du marché veille sur une cinquantaine de bœufs. Mince et long d’environ 1 mètre 80, un visage fin et   un beau sourire. Ce nigérien, petit-fils d’éleveurs, âgé d’une quarantaine d’année est né dans le village de Pilouk à Cinkassé (28 kilomètres au nord-est de Dapaong), une région favorable à l’élevage.

Tout jeune, ses parents lui ont transmis le savoir de la surveillance et de la conduite des animaux. Un travail passionnant qui lui fait découvrir de nouveaux horizons mais qui n’est malheureusement pas sans risque. Mais le nomadisme alternant avec des séquences de sédentarisation ont permis à Garba de s’exprimer dans trois langues locales du Togo sans oublier le Haoussa, sa langue maternelle et l’anglais la langue commerciale du Ghana.

« Les animaux ne me font pas peur car je les connais et ils me connaissent. Toutefois, ils restent des animaux. Ma grande peur aujourd’hui, sont les bandits, les voleurs. Quelquefois ils nous barrent la route. Dieu merci, jusque-là je m’en suis sorti. »

© D. Bousquet - Un camion chargeant du bétail au marché.

Avant, je ralliais les marchés à pieds avec le troupeau. Mais aujourd’hui, les choses ont changé. Les habitations voient le jour un peu partout et les agriculteurs s’approprient plus d’espaces pour leurs champs. Il n’y a plus assez de couloirs de transhumance pour continuer à fonctionner comme par le passé.  Maintenant, le convoi des bêtes se fait avec des camions.

Son rôle en tant que convoyeur, est de collecter les animaux des propriétaires, de voyager avec eux jusqu’au marché d’Accra. Ce parcours se fait au moins trois fois par an en fonction de la quantité de bœufs et les besoins du marché. « Pendant le voyage, dit il, les forces de sécurité, les agents des eaux et forêts et les douaniers nous prennent de l’argent avant de nous laisser passer. » Dans sa main droite, il tient un gourdin d’environ un mètre pour encadrer, diriger et communiquer avec son troupeau….

Curieux et ouvert d’esprit, il manifeste sa disponibilité pour partager son expérience avec autrui. Et apporter l’éclairage d’un acteur de la filière transhumance et commerce de bétail. Son attention est quelque fois  reléguée au second plan à l’approche d’un client ou lorsqu’un bœuf tente de quitter le troupeau. On a senti que sa vie c’est le bétail.

Son séjour au marché de bétail s’estime en moyenne à quatre jours. Il peut être plus long en cas de mévente. « En tant que convoyeur, je gagne de l’argent et rencontre beaucoup de gens. Je rêve de m’installer au marché à bétail d’Accra avec ma femme et mes quatre enfants pour devenir un commerçant sédentaire lorsque mes forces commenceront à m’abandonner. »  

Il souhaite que les autorités dirigeantes des pays concernés diminuent les prix des fourrages, les tracasseries et rackets aux postes de frontières, et que soit installé des points d’eau en nombre suffisant dans les villages et hameaux.

Bien que vivant depuis son enfance dans le village de Pilouk, il est fier d’entretenir des relations amicales avec les populations autochtones. Cependant il déplore les méfiances de son entourage à l’endroit de la communauté peule.

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Anderson Akue

Journaliste - ecovisionafrik.com - Togo