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Focus Bénin

Désormais le Bénin encadre la transhumance transfrontalière.

Un arrêté interministériel fixe chaque année les dates de la campagne et définit les portes d’entrée et de sortie. Là il faut payer une taxe : 5 000F par tête de bovin et 1000 F par tête de caprin. La transhumance transfrontalière est interdite au sud du pays. Quel bilan peut-on faire ?

Le Bénin encadre la transhumance - O. Goudi
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Oroudjo Goudi

Journaliste - ORTB Parakou - Bénin

Le bilan de la transhumance

Avancée notable ou rencontre de plus ?

Les lampions se sont éteints à 16 heures, le mercredi 10 octobre 2019, dans la salle où se tenait la « Rencontre de haut niveau pour une transhumance apaisée entre le Sahel et les pays côtiers ». Plusieurs résolutions ont été prises au terme de cette concertation qui a enregistré la participation de 150 acteurs issus de 14 pays de l’espace Cedeao.

Tout s’est déroulé du 8 au 10 octobre 2019, au Mensvic Hôtel à Accra (Ghana). Cette concertation régionale organisée à l’initiative conjointe de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), le gouvernement du Ghana et du Réseau BillitalMaroobé (Rbm) a enregistré la participation de six principaux groupes d'acteurs : les experts et ministres des pays côtiers et des pays sahéliens, les représentants des organisations intergouvernementales, les organisations professionnelles agricoles et pastorales et les représentants des partenaires techniques et financiers et autres institutions techniques d’appui et de facilitation. Six interventions ont ponctué la cérémonie d’ouverture de la 6ème édition de la Concertation régionale de haut niveau.

 

Dans son allocution d’ouverture des travaux, Nurah Gyiele, ministre d’État chargé de l’Agriculture et de l’alimentation du Ghana a affirmé que le secteur de l’élevage est une composante importante de l’agriculture en Afrique de l’Ouest. Ce secteur joue un rôle important en soutenant les moyens de subsistance de nombreuses personnes, en particulier la population rurale. Il contribue, a-t-il révélé, pour 5 à 15% du PIB des États membres de la Cedeao. Le ministre a, par ailleurs, fait observer que le sous-secteur de l'élevage fournit des protéines animales en tant que nutriments alimentaires et offre des possibilités d'emploi à une grande partie de la population… « Au cours des dernières décennies, rappelle monsieur Nurah Gyiele, malgré diverses propositions de gestion de la transhumance, les zones agricoles et de protection au Ghana continuent de subir des pressions pastorales. Il est important de continuer à proposer un mode de gestion plus approprié permettant une utilisation judicieuse des ressources pastorales. Les conflits entre agriculteurs et éleveurs augmentent en nombre et en intensité. Cela ralentit le développement agricole et constitue une menace pour l'homme et l'alimentation ».

Monsieur le ministre a insisté auprès des experts et des acteurs pour que les conclusions des travaux d’Accra mettent l’accent sur l’amélioration de la gestion des flux de transhumance transfrontaliers et internationaux. « Il est indispensable d’admettre, dit madame Catherine Lecome (représentante de la société Néerlandaise pour le développement) la nécessité de poursuivre les efforts collectifs pour un plus grand alignement des interventions, une meilleure coordination et harmonisation des points de vue ».  A l’en croire, cet engagement démonstre qu’au-delà de l’institutionnalisation, l’implication des Etats côtiers se renforce.

Sékou Sangaré, Commissaire de la Cedeao chargé de l’Agriculture, de l’environnement et des ressources en eau, a, pour sa part, confié que chaque année les acteurs de la sous région se retrouvent pour discuter et négocier des accords entre pays sahéliens et nations côtières. Cette tradition répond à un souci de favoriser l’organisation de campagnes de transhumance apaisées et sécurisées. « L’importance du sujet de la transhumance n’est plus à démontrer dans le contexte actuel, souligne-t-il, caractérisé par une aggravation de la crise sécuritaire, du terrorisme et du banditisme en Afrique de l’Ouest mais également par les conséquences du changement climatique et l’extension des superficies consacrées à l’agriculture. » Tout en affirmant que face à cet environnement global, le pastoralisme et la transhumance transfrontalière sont devenus des sujets stratégiques et fortement sensibles.

Monsieur Boureima Dodo, secrétaire permanent du Rbm, a quant à lui lancé un appel à prendre des décisions importantes qui permettront de conforter et d’élargir les acquis enregistrés lors des éditions précédentes de la rencontre de haut niveau. Pendant deux jours, les acteurs se sont, donc, penchés sur différentes thématiques concernant le pastoralisme, la mobilité, le commerce du bétail.

Dans la salle de conférence de Mensvic Hôtel où se sont déroulés tous les travaux d’atelier, la conférence ministérielle, les interventions des différents partenaires… Tous se sont parlés franchement. Ils ont exposé les actions entreprises, les lois et les dispositions qui ont été décidées. Les projets ont également été passés en revue. Les organisations, les faitières ainsi que les gouvernements ont indiqué les actions et les activités à mener pour la promotion d’une transhumance apaisée. Quelques fois, le ton est un peu monté, notamment sur des questions liées à la mobilité et à la sécurité des transhumants.

Si cette atmosphère visait à donner plus de précisions, elle a contribué à l’ambiance qui prévaut généralement au cours de ces rencontres de haut niveau. Toute chose qui a permis une bonne lecture et compréhension de ce qui a été entrepris dans la promotion du pastoralisme dans les pays du Sahel et côtiers. La présentation de Mme Mathy Ba Diao, coordonnatrice régionale du Praps/Cilss portant sur « l’analyse régionale des principaux enjeux et défis de la campagne agropastorale et pastorale 2018-2019 » a été très appréciée par les participants venus des pays membres de la Cedeao et de l’Europe. Et, cela n’était pas fortuit. Car sa présentation traitait du bilan à mi-parcours de la campagne pastorale 2018-2019. Mme Mathy Ba Diao a expliqué que les conditions de croissance de la végétation sont particulièrement défavorables au Sénégal et en Mauritanie.

 

Des Difficultés

 

Cette défaillance des ressources naturelles pour la troisième année consécutive est marquée par un déficit de production de biomasse-fourragère du coté de l’Atlantique qui prend en compte les pays tels que laMauritanie, le Sénégal, l’extrême Ouest et Sud-ouest du Mali. Toutefois, elle a noté une bonne situation pastorale au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Mais elle a tenu à préciser que des plages de déficit ont été observées dans les régions de Mopti au Mali, du Burkina Faso et de Tillabéry au Niger.

Cette situation pastorale est équivalente à la moyenne de la période 2000-2018, coordonnatrice régionale du Praps/Cilss a parlé d’éventuels impacts marqués par des risques de déficit fourrager important et de tarissement rapide des points d’eau temporaire. Des faiblesses qui risquent d’entrainer le départ précoce des transhumants, avant même l’ouverture de la campagne dans les zones d’accueil. Cela pourrait contribuer, a-t-elle insisté, à favoriser la survenance de conflits. Les participants qui ont relevé ces préoccupations ont fait quelques recommandations fortes. Ils ont formulé à l’endroit du Cilss/Cra (Centre Régional AGRYMET) et aussi des pays des résolutions dont l’une porte, par exemple, sur la nécessité de préparer la campagne prochaine et de penser à anticiper la difficile soudure pastorale qui s’annonce.

A sa suite, Lawanio Arouna, administrateur du Roppa, a présenté la position commune des acteurs non-gouvernementaux. Ces acteurs se sont intéressés au déroulement de la campagne de transhumance transfrontalière 2018-2019 qui fait ressortir un bilan globalement positif, au vu des tendances observées. Pour ce groupe, l'appréciation de la campagne pastorale est marquée par la disponibilité relative des ressources fourragères qui sont à même de couvrir dans beaucoup de régions les besoins du bétail pendant la période de soudure. Ils ont cependant fait observer que l’accès aux pâturages demeure difficile dans les zones d’insécurité de certains pays tels que le Niger, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie et du Tchad.

Les acteurs non-gouvernementaux ont invité les gouvernants à tout mettre en œuvre pour trouver des solutions à l’insécurité. Ils ont, par ailleurs, fait des recommandations portant sur le renforcement du processus de mise en place des Comités nationaux de transhumance dans les pays sahéliens. Soutenir les actions de dialogue et de plaidoyer transfrontaliers ; améliorer le dialogue de prise en compte de la situation sécuritaire persistante et de ses effets perturbants sur la transhumance transfrontalière sont également quelques unes de leurs recommandations. Après avoir fait un tour d’horizon sur la transhumance et analysé tout ce qui a été fait par les pays, les organisations, les programmes, les faitières… dans le cadre du pastoralisme et du commerce du bétail…Les participants ont pris plusieurs résolutions. Confinées dans une déclaration dite d’Accra, les recommandations ont porté sur la nécessité de faire fonctionner les mécanismes de concertation de proximité au niveau local, si l’on veut résoudre de manière efficace les problèmes de conflits et les pertes en vie humaine.

- La nécessité de mener une étude approfondie sur la situation sécuritaire des femmes et des jeunes dans le domaine du pastoralisme.

- L’amélioration de la qualité et de la fiabilité des donnés statistiques sur l’effectif du cheptel impliqué dans les flux de transhumance ;

- Appuyer la réalisation d’une étude approfondie pour mieux cerner les raisons qui expliquent la baisse drastique de flux de transhumance au niveau des portes d’entrées 

- Mener des campagnes d’informations et de sensibilisation des populations des zones transfrontalières d’accueil sur les conséquences néfastes du démarchage sur l’économie de la transhumance.

Les participants ont également suggéré qu’un accent soit mis sur les efforts entrepris par la Cedeao pour diligenter la finalisation du processus de mise en place de la task-force ; les efforts entrepris par les Etats pour mobiliser les ressources nécessaires à la mise en œuvre des programmes nationaux ; l’institutionnalisation pour les prochaines rencontres de haut niveau d’une synthèse régionale des présentations de bilan pour chaque pays de la campagne pastorale. Certains pays étant confrontés à des conflits armés et au terrorisme, les acteurs issus de plusieurs pays de l’Afrique de l’ouest ont recommandé la prise en compte des questions liées à la sécurité, à la santé animale et au genre comme des dimensions de la transhumance. 

Il a aussi été suggéré de réaliser une cartographie des aires dédiées au pastoralisme dans les pays côtiers, ainsi que des ressources hydrauliques dans les pays sahéliens. Et, de poursuivre le dialogue entre pays, mais aussi entre les pays et les institutions régionales pour la préparation de la campagne de transhumance, en vue de mettre en cohérence les calendriers de transhumance des différents pays. D’évaluer les impacts économiques, sociaux et environnementaux du pastoralisme, ainsi que ceux de l’insécurité sur la transhumance. Et le renforcement des Organisations des producteurs des pays côtiers sur les problématiques liées au pastoralisme afin de capitaliser et valoriser les leçons tirées des expériences de gestion des marchés à bétail et du fonctionnement des inters collectivités transfrontalières qui figurent au nombre des recommandations de la 6ème concertation de haut niveau sur la transhumance apaisée entre le Sahel et les pays côtiers.

Le ministre d’Etat ghanéen en charge de l’Agriculture et de l’alimentation a fort apprécié l’esprit d’Accra et la qualité des interventions. Il a également apprécié l’organisation et félicité les initiateurs de la concertation. C’est donc dans une ambiance conviviale emprunte de cordialité et de sympathie que les participants se sont quittés dans l’espoir que la réunion de haut niveau d’Accra ne sera pas une rencontre de trop.

Elysée Yao

Journaliste - Soir Info - Côte d'Ivoire