© photo : Marché à bétail de Touraku Ghana

L’insécurité plombe la transhumance !

Le pastoralisme est un système de production basé sur la mobilité du bétail et des pasteurs. Il est aujourd’hui confronté à des conditions climatiques défavorables et à une crise sécuritaire qui sévit dans certains pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel. 

Cette situation d’insécurité se traduit par des menaces terroristes : enlèvement de propriétaires d’animaux, vols du bétail, enrôlement de jeunes bergers, etc. Ce contexte d’insécurité impacte « négativement » la transhumance. Ce mode de vie concerne toute la famille de l’éleveur (hommes, femmes et enfants).

Samba Djiby Diallo, pastoraliste témoigne « qu’il n’est pas facile aujourd’hui d’aller en transhumance avec les femmes, les enfants, parce que l’insécurité est là. Cette insécurité dénature la transhumance, parce que lorsque vous partez, vous rencontrez des coupeurs de route, soit ils vous tuent, ou vous prennent tout votre capital et votre bétail. Les pasteurs transhumants sont souvent confrontés à cette situation ». 

« Avant, toute la famille partait. Mais aujourd’hui, seulement une partie de la famille qui part en transhumance, et ce sont les hommes. Si les femmes doivent aller, elles partent par la route en devançant les transhumants. Et quand elles arrivent, elles s’installent près de la ville », fait remarquer M. Diallo.  

Quel lien entre pastoralisme et djihadisme ?

Dans le contexte où le phénomène du terrorisme menace le Niger, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie et le Tchad, certains assimilent le pasteur au djihadiste. Le secrétaire permanent du Réseau Billital Maroobé (RBM), Dodo Boureima souligne que le terrorisme est un phénomène mondial qui n’est pas uniquement propre au pastoralisme. Il déclare : « Quand on parle de djihadisme, les gens font allusion aux Peuls. Ce sont des préjugés. Les peuls sont souvent les victimes de ces djihadistes-là parce que leurs bétails en souffrent. Ils perdent des villages et tous leurs biens. On ne nie pas qu’il y ait des peuls parmi les djihadistes. Parmi les djihadistes, on retrouve toutes les ethnies du Sahel. Il ne faut pas faire l’amalgame pensant que Foulani égal djihadisme.» 

M. Dodo Boureima  affirme que les éleveurs perdent beaucoup de jeunes dans la transhumance. Mais il ne veut pas qu’un lien soit pour autant fait entre les groupes armés et le pastoralisme. Le secrétaire permanant voit mal comment un éleveur pasteur quitte son pays pour aller jusqu’au Ghana avec son troupeau, laisse ce troupeau pour aller faire du djihadisme.

« Mais certaines populations et les forces de défense et de sécurité font souvent cet amalgame, déplore-t-il. Les forces de sécurité, quand elles partent en patrouille et qu’elles voient un éleveur pasteur, elles l’abattent sans sommation. »

Au Burkina Faso, dans la région de l’Est, à Fada N’Gourma, au début de la campagne de transhumance 2019, un groupe de transhumants a été victime de brutalité de la part des forces de défense et de sécurité (FDS).

Boubacar Maïga,responsable des programmes du réseau de communication sur le pastoralisme (RECOPA) raconte que ces jeunes transhumants étaient issus de deux familles. Selon lui, ils sont arrivés dans un village de la commune rurale de Fadan N’Gourma, qu’on appelle Natiabouania : « Arrivé dans la province de Gourma, il y avait un point d’eau où les éleveurs se rabattent pour abreuver leurs bétails. 

C’est à cet endroit, explique M. Maïga, qu’un groupe des forces de défense et de sécurité (FDS) les a surpris. Après des vérifications d’identités, ils les ont attachés et ont commencé à les tabasser. Le plus jeune âgé d’environ 18 ans a eu peur. Et voulant se sauver, on l’a abattu. Ils ont attaché les deux autres aussi et sont allés les jeter en brousse hors du village. Pendant ce temps, le troupeau a été laissé à lui-même. Il n’a pas pu faire la transhumance comme il le fallait pour des raisons d’insécurité. Il y a beaucoup de cas comme ça. » 

Au regard de la situation sécuritaire persistante et de ses effets perturbants sur la transhumance transfrontalière, les acteurs non étatiques, réunis du 7 au 11 octobre 2019 à Accra, ont appelé les gouvernements des pays côtiers d’accueil et leurs homologues sahéliens à engager un dialogue inclusif, afin de trouver des solutions idoines pour faire face à cette situation inhabituelle de départ précoce, de retour tardif et de sédentarisation des transhumants, à travers un encadrement et un soutien permettant de faciliter le séjour à ce type de transhumance liée à l’insécurité.

Mamadou Aliou Diallo

Journaliste - agribusinesstv.info - Guinée