© photo : Gilles Coulon

Khady Fall Tall,
une femme de combats 

Portrait

Kahdy Fall Tall, présidente fondatrice de l’Association des femmes de l’Afrique de l’Ouest (AFAO), réunissant seize pays du Sahel et des nations côtières, dirige depuis 1992 de main de maitre cette organisation. Faisons connaissance avec cette combattante à l’allure majestueuse. 

Kadhy Fall aime le challenge. Elle n’entend pas dormir sur ses lauriers. Depuis 1989, date de la création de l’AFAO avec une femme ghanéenne malheureusement décédée aujourd’hui, elle court de l’Allemagne à la France et certainement dans tout le continent africain pour défendre la cause des femmes.

Au Ghana, où se tient la rencontre de Haut niveau pour une transhumance transfrontalière apaisée entre le Sahel et les pays côtiers, elle est là !

Cette ancienne institutrice, aujourd’hui vêtue d’un boubou bleu, qui lui va comme un gang, ne veut rien lâcher pour la promotion de la femme dans l’espace CEDEAO. Kadhy Fall Tall n’hésite pas à prendre la parole pour recadrer le débat quand la question est liée à la place de la femme dans la filière bétail-viande et laitière.

Cela montre que derrière son air décontracté se cache une grande détermination. Elle sait à la fois être grave et désinvolte, convaincre sans en donner l’impression. Elle parle beaucoup et insiste sur les mots qu’elle accompagne parfois d’un sourire malicieux : « Vous voyez, il faut que les intérêts des femmes soient défendus. Regardez dans la salle, nous ne sommes que deux pour parler leur nom. »

L’on devine les talents de cette dame détentrice d’un DESS en politique de la communication qui pendant des années s’est formée sur le terrain pour se mettre au service de ses « sœurs ».

Elle parle de ses réussites et évoque avec un brin de satisfaction la création de l’AFAO lors d’une rencontre sous régionale à Dakar, au Sénégal. Nous étions deux à mettre en place cette organisation de promotion de la femme.

La Sénégalaise voit tout de suite en grand et créée l’AFAO qu’elle dirige de main de maitre pour mener le combat pour l’épanouissement de la femme. « En cas de crise, les hommes fuient et se sont les femmes et les enfants qui restent sur place. Dans le cadre de certains conflits et dans certains pays, des femmes sont parfois prises avec leurs enfants et sont transformées en esclaves sexuelles. Cela doit s’arrêter. Nous sommes là pour que la situation change. Nous intervenons pour qu’elles fassent l’objet de l’attention des organisations et des gouvernants », indique-t-elle en jetant un coup d’œil à sa voisine de siège dans la grande salle de conférence dominée par les hommes qui se tient à Mensvic Hôtel, l’un des plus grands réceptifs hôteliers d’Accra, la capitale du Ghana.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Foi

Infatigable et grande bosseuse, Kadhy Fall Tall rêve d’une Afrique où la femme n’est pas mise en marge des grandes décisions et où sa voix compterait. Elle envisage de l’ajouter à son arc pour en faire un combat. Cette nouvelle mission, elle entend la conduire avec foi. Dieu occupe une place de choix dans sa vie. « Il est au début et à la fin de toutes mes actions. Il est mon inspiration et je n’entreprends rien en dehors de Dieu, confie-t-elle. Je me réfère à lui totalement concernant mes activités que se soit à l’AFAO, comme à la coordination du genre à la CEDEAO… ».

Musulmane pratiquante et très pieuse, elle implore chaque matin Allah avant d’entamer sa journée. Mère de trois enfants dont la benjamine est âgée de 30 ans, cette militante des droits de la femme a pour péché mignon l’impatience. « Je suis très impatiente et en même temps très persévérante, mais souligne Kadhy Fall Tall, concernant certains sujets, je ne suis pas du tout patiente. » Ce défaut ne terni pas, pour autant, ses qualités.

La générosité de cette grande combattante est sans limite. Surtout quand il s’agit de sortir une femme de l’ornière de la pauvreté. Sa voisine de siège, Alima Tissao, présidente du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) confirme qu’elle a le cœur sur la main.

Veuve depuis 18 ans, elle met un point d’honneur sur la générosité pour respecter la mémoire de son défunt mari. L’homme a tellement marqué positivement sa vie qu’elle ne s’est pas remariée après son décès. Il est pour beaucoup dans la position qu’elle occupe aujourd’hui sur la scène africaine.

« Je ne me suis pas remariée à cause de ses grandes qualités. Je suis convaincue qu’on ne peut plus trouver un homme de sa trempe. Il a complété mon éducation, car j’ai été mariée à 18 ans. Je n’avais pas fini mes études. Il m’a permis de le faire. Il s’est investi dans ma carrière. Pour ne pas que je sois confrontée à des problèmes quand il ne sera plus là, il a œuvré pour que je dispose d’une maison à mon propre nom. Grâce à lui,  je suis arrivée à ce niveau. Il était très ambitieux pour moi. Ce genre d’homme n’existe plus. Je n’ai donc pas pu le remplacer. Confie t-elle en écrasant une larme. »

Ce vide la galvanise pour œuvrer à l’autonomisation de la femme et participer aux grandes rencontres où l’on parle de ses droits. « Aujourd’hui nos efforts et mérites sont reconnus et j’ai reçu de nombreuses décorations. En décembre, mon pays envisage de me rendre hommage en me dédiant un film qui raconte ma vie. » Elle avoue aussi un fier bilan de sa vie personnelle, en tant qu’aînée, elle a aidé sa maman à élever ses frères et sœurs, après la mort de son père. Et, ainsi contribuer à leur donner une bonne éducation. La seconde raison est sentimentale : « J’ai pu remplacer valablement mon mari en donnant une bonne éducation à nos enfants. Il me l’a demandé sur son lit de mort et je pense avoir réussi. »

© photo : AFL - Burkina Faso

Elysée Yao

Journaliste - Soir Info - Côte d'Ivoire